Injections de Pfizer : surmédicalisation dans les écoles?

Collectif d'auteurs

Chez les jeunes d’âge scolaire, il est peut-être justifiable de vacciner ce printemps, contre la COVID, une minorité d’élèves qui seraient plus à risque en raison de conditions médicales particulières, par exemple. Une campagne visant  l’ensemble des jeunes ne répond toutefois pas à une urgence et pourrait entraîner plus d’effets indésirables que de bénéfices.

Introduction

Depuis maintenant plus d'un an, la société québécoise est bousculée par la dissémination d'un virus pandémique et par les mesures mises de l'avant par nos gouvernements pour faire face à cette situation sanitaire exceptionnelle; ces mesures sont parfois pertinentes, mais d'autres fois improvisées et d’une utilité douteuse. 

Nos enfants ont été particulièrement touchés par ces mesures sanitaires : échecs et retards scolaires, troubles de santé mentale [1,2], manque de mesures d’adaptation pour les enfants à besoins particuliers [3], sans parler des difficultés vécues par les parents qui se répercutent sur leurs enfants [4,5].

Certaines de ces mesures ont pu contribuer à sauver des vies, surtout chez les plus âgés, en freinant la dissémination du virus; il nous reste toutefois à faire le bilan des impacts collatéraux sur les enfants. Étaient-ils justifiables en regard des gains collectifs escomptés?

Maintenant qu’on parle de vaccination de masse pour les mineurs, il y a lieu de s’interroger sur l’équilibre entre les risques et les avantages. De nombreuses voix s’élèvent pour mettre en doute le bien-fondé, sur les plans scientifique et éthique, de vacciner les jeunes contre cette maladie [6,7,8,9,10].

Au Québec, la volonté gouvernementale d'aller de l'avant rapidement, dans les écoles, avec une campagne d'injections d'ARNm (celles mises au point par Pfizer, plus précisément) s'inscrit dans le contexte d'une année scolaire déjà passablement chaotique, et ce en l'absence d'une urgence sanitaire immédiate.

Une technologie expérimentale

Ces injections constituent une expérimentation à grande échelle d'une technologie qui n'a pas été autorisée selon les procédures habituelles pour les vaccins. Il importe de le souligner : la mise en marché des injections d'ARNm s'est faite en vertu d'une procédure spéciale associée à l'urgence sanitaire. Or, si l’on peut dire qu'il y avait urgence pour les plus âgés, ce n'est absolument pas le cas pour les moins de 20 ans

Il faut souligner que, de façon générale, les mineurs ne sont pas à risque d'être très malades lorsqu’infectés par le virus SARS-CoV2, ce qui se reflète dans des taux de mortalité et d’hospitalisation extrêmement bas [11]. Certains s’inquiètent de la possibilité du syndrome inflammatoire multisystémique chez les enfants (multisystem inflammatory syndrome in children [MIS-C]) suite à une infection par le virus, mais les âges moyens et médians observés pour ce syndrome sont de 9 et 12 ans [12]. Ce syndrome rarissime touche donc peu les jeunes du secondaire qu’on s’apprête à vacciner. 

Nos adolescents sont ainsi parmi les moins à risque de la COVID-19 : c’est quand même la bonne nouvelle de la dernière année! Bien que les tests positifs dans ce groupe d’âge aient été nombreux lors de la 2e vague [13], nous avons au Québec, depuis 14 mois, des taux de mortalité dus à la COVID quasi nuls (= 2) parmi les 10-19 ans; le taux d’hospitalisation en soins intensifs est de l’ordre de 3 par 100 000 (= 26) et le taux d’hospitalisation hors soins intensifs, de l’ordre de 12-15 par 100 000 (= 121) [11]. Le taux de létalité chez les 0-19 ans au niveau mondial serait de moins de 0,17 sur 100 000 [14]. 

Les hospitalisations des 0-19 ans au Québec comptent pour 1-2 % du total cumulatif des hospitalisations COVID malgré que cette tranche d’âge compte pour 20,7 % des tests positifs [11]. En fait, seuls 2,3 % des enfants consultent un médecin et seules 8 % des consultations à l'urgence conduisent à une admission alors que, pour tout autre motif de consultation à l'urgence, le taux d’admission est autour de 11 % [13]. Nos enfants et adolescents sont largement asymptomatiques ou peu symptomatiques et les cas positifs de COVID de cette tranche d’âge ne sont clairement pas un facteur d’engorgement de nos hôpitaux.

Pourquoi alors leur faire courir le risque, même possiblement minime, associé aux injections d'ARNm de Pfizer? Il subsiste beaucoup d'inconnues relatives à ces injections. On sait toutefois déjà qu'à court terme, elles sont associées à des taux de chocs anaphylactiques dépassant de près de 10 fois les taux observés pour les vaccins classiques [15,16]. On sait aussi que, globalement, le risque documenté de manifestations cliniques inhabituelles (MCI) graves (essentiellement les réactions provoquant des hospitalisations de plus de 24 h, des séquelles permanentes et/ou la mort) documentées par l’INSPQ pour le vaccin Pfizer est actuellement de 4,6 par 100 000 doses. Pour les MCI en général, c’est un taux de 29,4 par 100 000 [16], ce qui n’inclut pas les manifestations cliniques habituelles documentées dans les études cliniques (10 à 20% des injections) [19].

Notons que le taux documenté actuel est représentatif des réactions à la première dose, au Québec, et qu’il a été bien documenté ailleurs que ce taux augmente lors de la 2e dose [17]. Soulignons aussi que ces taux sont reconnus pour être en général sous-estimés puisque le lien doit être établi et déclaré par un médecin [18]. L'échantillon de 1 131 enfants vaccinés qui a servi à faire approuver le vaccin au Canada est trop petit pour documenter les effets indésirables (EI) , mais il semble que la réactogénicité chez les enfants est supérieure à celle chez les adultes et que des EI de même nature que ceux observés chez les adultes sont à prévoir [19,20]. Il est arrivé par le passé que des produits homologués fassent l’objet de rappels [21,22,23] et nous ne sommes pas à l’abri d’un lot défectueux qui pourrait augmenter les effets indésirables et faire basculer la balance encore plus du côté des risques. 

Qui plus est, personne ne connaît les risques à long terme de ces injections. Or, le long terme est normalement plus long lorsqu'on a 16 ans que lorsqu'on en a 76. Tout risque à ce niveau, si minime soit-il, doit être mis en perspective en fonction de l'âge. Des adultes peuvent décider de prendre ce risque, mais qu'en est-il des enfants? 

Les jeunes transmettent peu la COVID-19 [24], et rien ne prouve que les injections à visée vaccinale empêcheraient la transmission de la maladie d'une manière qui soit véritablement utile pour le reste de la population; l'éventuel bénéfice d'une telle campagne dans les écoles demeure hypothétique pour la population en général, et s’il existait, ce bénéfice serait vraisemblablement minime [6,7]. 

Pour une évaluation sérieuse des risques et avantages

Dans un éditorial du réputé British Medical Journal [7], on trouve une analyse critique des risques. En premier lieu, la vaccination pourrait retarder chez nos adolescents l'âge du premier contact avec ce virus, augmentant ainsi le risque de mortalité, puisque celui-ci augmente exponentiellement avec l'âge [11,14].  En deuxième lieu, une possibilité existe d’amplifier les vagues saisonnières et le nombre de cas s'il s’avère que l’immunité par vaccination est de plus courte durée que celle accordée par l'infection, qui demeure, faut-il le rappeler, bénigne dans cette tranche d'âge [7,25]. En troisième lieu, bien que le vaccin semble stimuler les anticorps spécifiques plus fortement que l'infection, d’autres facteurs immunitaires plus généraux sont moins bien stimulés [7,26]. Or, une réponse immunitaire plus générale semble caractériser les formes légères de la maladie [27] et les enfants ayant une guérison sans séquelles ni COVID long [28]. En outre, une immunité moins spécifique pourrait être plus efficace pour combattre les variants en cas de mutation [7,26,29] et persister plus longtemps [27,29]. Ne risquons-nous pas de modifier une réponse immunitaire qui semble optimale en faveur d'une réponse qui risque d’être moins efficace?

Un climat de peur alimenté par une campagne politico-médiatique a favorisé l'adhésion aux mesures de distanciation et sert maintenant à étendre la vaccination sous prétexte d’une urgence sanitaire qui diminue pourtant de jour en jour. Nombre d'adultes, effrayés à l'idée d'être hospitalisés, sont susceptibles d’encourager les jeunes mineurs à recevoir l’injection d’ARNm; on peut s’attendre à ce que des pressions s’exercent sur eux. Cela entre en contradiction totale avec le principe du consentement éclairé et est éthiquement intolérable. Quel consentement éclairé peut-on obtenir de mineurs sur qui on exerce un chantage selon lequel le retour à la normale ne serait possible que si 75 % des ados sont vaccinés? Leur présentera-t-on de façon vraiment adéquate les informations utiles à la prise de décision?

Le bilan avantages-risques pourrait s’avérer négatif pour eux étant donné les taux d’effets secondaires graves documentés et le risque qu’ils augmentent à la deuxième dose [17]; en outre, des réactions plus importantes que chez les plus vieux sont à prévoir [19]. Le taux de MCI graves de 4,6 par 100 000 doses d’injections de Pfizer double avec deux doses, atteignant donc 9,2 par 100 000. Il s'agit d'un taux à peine inférieur au risque d’hospitalisation cumulatif (12-15 par 100 000) pour la COVID-19 qui a été documenté depuis 15 mois au Québec dans cette tranche d’âge [11,16]. Or, ce risque d’hospitalisation, déjà minime, baisse évidemment, d’autant plus que le virus circule présentement de moins en moins.

De façon générale, au cours de l'année qui vient de s'écouler, on a non seulement expérimenté une nouvelle technologie vaccinale, mais aussi diverses mesures aux impacts psycho-sociaux encore mal mesurés. Il nous semble que nos enfants ont suffisamment été perturbés depuis un an par des interventions de toutes sortes, qui ont généré souvent de la confusion et de l'anxiété, et parfois de l'animosité. Est-il sage de rajouter ce printemps une autre intervention comportant un bilan avantages-risques possiblement défavorable, par souci encore une fois de protéger les autres?  Est-il vraiment urgent de vacciner les mineurs quand le taux de vaccination des 30 ans et plus dépasse les 70 % [16] sachant que ces tranches d’âge sont responsables de plus de 97 % des hospitalisations et 99,9 % des morts de COVID-19 [11] et que la baisse des cas ne cesse de s’accentuer? 

Sommes-nous prêts, collectivement, comme adultes, à prendre le risque de voir un adolescent en santé subir des séquelles permanentes des suites de l’administration d’une injection d’ARN expérimentale? Éthiquement, pouvons-nous vraiment considérer qu’un adolescent de 14 ans a, dans les conditions de pression actuelles, la maturité et l’information complète pour choisir de façon éclairée de se faire vacciner? 

Comme il semble clair que le gouvernement va aller de l’avant avec une campagne dans les écoles, nous souhaitons que l’information complète soit transmise aux parents et enfants, notamment les statistiques de l’INSPQ. L’offre de vaccination pour cette tranche d’âge doit se faire éthiquement, sans pression politique et en obtenant un consentement éclairé. 

En termes de bilan avantages-risques, la vaccination pourrait être recommandable pour une minorité d’élèves qui seraient plus à risque en raison de conditions médicales particulières ou qui seraient en contact étroit avec des parents à risque qui ne peuvent être vaccinés. La vaccination de masse pour les mineurs est toutefois difficilement justifiable alors que les études cliniques ne sont même pas complétées pour les adultes. 

Nos ados ont assez payé dans cette crise en termes d’impacts collatéraux, évitons de leur rajouter la pression psychologique de l’acceptation d’un vaccin en phase expérimentale. 

Attendons et observons (les autres!)

Premièrement, ne pas nuire. Prenons du recul pour réduire au minimum les risques, observer l’évolution et susciter une sérieuse réflexion sur les enjeux concernant les mineurs. Nous comprenons l’objectif d’augmenter l’immunité collective, mais pour l’instant les mineurs devraient être, pour des raisons éthiques, exclus de cet objectif qui est de toute manière en bonne voie d’être atteint bientôt.

N’oublions pas, par ailleurs, qu’en plus des gens vaccinés des centaines de milliers de personnes ont été exposées au virus depuis le début de la pandémie au Québec. Un certain niveau d’immunité collective naturelle s’ajoute donc déjà à celui acquis grâce à la vaccination.

À ce stade-ci, en l'absence d'urgence, le principe de précaution joue, selon nous, contre une utilisation à grande échelle des injections de Pfizer chez les mineurs, surtout considérant les études en cours sur le lien possible du vaccin avec des troubles cardiaques qu’on constate chez les jeunes hommes et adolescents dans certains pays [30,31,32]. 

À l'heure d'écrire ces lignes, Israël, un leader mondial de la vaccination contre la COVID-19, rapporte deux décès consécutifs à l'injection Pfizer (une femme de 22 ans et un homme de 35 ans) et un taux d'incidence de myocardites nettement plus élevé que prévu chez les jeunes. La situation est si préoccupante que l'on envisage de s’abstenir d’administrer une deuxième dose aux adolescents [30].  Notons qu’aux États-Unis le même problème de myocardites chez de jeunes adultes fait présentement l’objet d’une enquête.

Sur la scène internationale donc, on constate qu’on est encore en train d’improviser.  Pourquoi ne pas laisser les autres expérimenter encore quelque temps?

Attendons. Nous pourrons aviser dans quelques mois, lorsque nous aurons plus de données sur cette technologie et si, bien entendu, il subsiste un problème de santé publique sérieux, ce qui serait surprenant dans le cas de ce groupe d'âge.  L'épidémie est en effet déjà sur la voie d’un déclin rapide au Québec. Le recul actuel montre bien que l'atteinte de l’immunité collective ne semble pas nécessiter une vaccination de masse chez les moins de 18 ans.

Signataires

Isabelle Picard, mère de famille et biologiste

Richard Gendron, père et anthropologue 

Perig Gouanvic, père et traducteur médical, rédacteur indépendant 

Caroline Martin, mère et détentrice d’une maîtrise en santé communautaire

Pierre Biron, BA, MS, MD, professeur honoraire de pharmacologie médicale, Université de Montréal

Références

1.  CHEO joins other children's hospitals in declaring mental health crisis among youth as pandemic drags on, Canadian hospitals declare mental health crisis among children as a result of lockdowns, call for schools to reopen

2.  Santé mentale : la force des ados pour soigner leurs maux | Coronavirus

3.  La moitié de l’année scolaire à la maison

4.  Au Québec, la hausse des féminicides inquiète

5.  La consommation de tabac et de cannabis a augmenté durant le confinement

6.  Covid-19: Should all children get a vaccine?

7.  Vaccinating children against SARS-CoV-2: Hard to justify right now for most children in most countries et Re: Vaccinating children against SARS-CoV-2 | The BMJ

8.  93 Israeli doctors: Do not use Covid-19 vaccine on children

9.  Covid vaccines for children should not get emergency use authorization - The BMJ

10.  COVID-19 vaccines are safe for children, but should they be getting the jab now?

11.  Données COVID-19 par âge et sexe au Québec

12.  Ce que nous savons jusqu'à présent sur le syndrome post-COVID-19 et le syndrome inflammatoire multisystémique chez les enfants

13.  Portrait de la COVID-19 parmi les enfants du Québec

14.  Children and young people remain at low risk of COVID-19 mortality

15.  Le taux de chocs anaphylactiques documenté pour le vaccin Pfizer au Québec est de 2,3 par 100 000 selon l’INSPQ alors que le taux normal est de 1,3 par 1 million habituellement pour le vaccin de la grippe et autres vaccins classiques..CDC: Anaphylaxis Rate With COVID Vax 10 Times Greater Than for Flu Shots voir aussi 16

16.  Données de vaccination contre la COVID-19 au Québec

17.  Second Dose of COVID-19 Vaccine Has Stronger Side Effects

18.  "Adverse events from drugs and vaccines are common, but underreported. Although 25% of ambulatory patients experience an adverse drug event, less than 0.3% of all adverse drug events and 1-13% of serious events are reported to the Food and Drug Administration (FDA). Likewise, fewer than 1% of vaccine adverse events are reported" Electronic Support for Public Health–Vaccine Adverse Event Reporting System (ESP:VAERS)

19.  Avis intérimaire sur l'utilisation des vaccins à ARN messager contre la COVID-19

20.  Covid-19: Pfizer reports 100% vaccine efficacy in children aged 12 to 15

21.  Some U.S. areas stop using J&J COVID-19 vaccine after ‘adverse reaction’ reports

22.  Human error ruins batch of Johnson & Johnson vaccines

23.  After allergic reactions at 1 clinic, California pauses use of large batch of Moderna COVID-19 vaccine

24.  SARS-CoV-2 infection and transmission in educational settings: a prospective, cross-sectional analysis of infection clusters and outbreaks in England

25.  Infection-acquired versus vaccine-acquired immunity in an SIRWS model

26.  T-cell response to SARS-CoV-2: kinetic and quantitative aspects and the case for their protective role

27.  T cells recognize recent SARS-CoV-2 variants | National Institutes of Health

28.   Immune profile of children with post-acute sequelae of SARS-CoV-2 infection (Long Covid)

29.  Protracted yet coordinated differentiation of long-lived SARS-CoV-2-specific CD8+ T cells during COVID-19 convalescence

30.  To beat side effects, Israel considers giving teens just 1 COVID vaccine dose

31.  C.D.C. Is Investigating a Heart Problem in a Few Young Vaccine Recipients

32.  Europe – Meeting highlights from the Pharmacovigilance Risk Assessment Committee (PRAC) 3-6 May 2021